Pharmacie du Centre

Obésité et diabète

Obésité et diabète, la nouvelle épidémie

Où que ce soit dans le monde, l’alimentation influence la santé. Selon l’OMS, d’un côté, 13% de la population mondiale souffre de sous-alimentation; de l’autre, des maladies telles que l’obésité et le diabète prennent la forme d’une épidémie qui touche la planète au Nord et au Sud. Ainsi, 30% des Américains sont obèses et 65% ont une surcharge pondérale. En Suisse, un tiers des enfants et des adolescents souffrent d’un excès de poids. Quant au diabète, l’OMS estimait à 30 millions le nombre de diabétiques dans le monde en 1985, à 135 millions en 1995 et à 177 millions en 2000. Les prévisions ne sont guère optimistes, puisqu’on s’attend à en dénombrer 300 millions d’ici 2025.

Pour comprendre comment nous en sommes arrivés là, il faut se rappeler que notre alimentation, qui est en évolution permanente, a énormément changé en quelques décennies. Depuis plus de trente ans, des milliers de produits ont été mis sur le marché, dont les trois quarts par le biais de l’industrie agroalimentaire. A travers le processus de l’industrialisation, on assiste à la fois à l’uniformisation et à la standardisation de l’alimentation. Résultat: on mange les mêmes produits sur toute la planète.

Mal manger n’est pas seulement une question d’alimentation, mais aussi une façon de produire. Dans les années 70, la «révolution verte» a entraîné le remplacement de milliers de semences traditionnelles par quelques semences à haut rendement. Progressivement, un système où la production des denrées s’organise à l’échelle régionale, nationale et même mondiale a été instauré.

L’agriculture d’aujourd’hui est une industrie hyperproductrice. Mais cette méthode de culture érode le sol: chaque année, 5 à 6 millions d’hectares de culture dans le monde sont abandonnés, parce qu’ils ont été trop ou mal exploités. Parallèlement, l’élevage, la culture et la pêche sont pratiqués sur un mode toujours plus intensif, surexploitant les ressources, avec les dérives que l’on connaît: poulet à la dioxine, vache folle, poissons truffés de métaux lourds pour ne citer qu’elles.

Toutes ces modifications apportées à notre alimentation permettent de meilleurs rendements, mais entraînent aussi une uniformisation des produits et l’appauvrissement du patrimoine génétique. En diminuant l’éventail des espèces cultivées, les méthodes de culture dominantes mettent en danger 60% des espèces végétales d’Europe. Chaque jour, selon l’UE, une centaine d’espèces disparaît à cause de l’érosion des sols et des méthodes de culture industrielles. Or, ces espèces sont le résultat d’un énorme travail de sélection, au cours des siècles, de milliers de variétés locales de plantes et d’animaux qui ont enrichi le capital génétique de la planète.

Les exemples pour illustrer la menace que font planer la course au rendement, les monocultures intensives ou l’uniformisation du cheptel sur cette richesse ne manquent pas. Dans la préhistoire, l’être humain avait à sa disposition environ 400 plantes pour se nourrir. Il en existe 30 000 à l’heure actuelle que l’on puisse manger, mais 29 espèces seulement fournissent les 90% des denrées alimentaires. A eux seuls, le blé, le riz et le soja représentent 75% de l’apport en céréales du monde. Autre exemple: les pommes. Il en existait près de 1000 variétés au début du siècle, alors qu’il n’en reste que quelques dizaines aujourd’hui, et 80% des cultures sont colonisés par la golden.
En Grèce, 95% des variétés de blés cultivées avant la Seconde Guerre mondiale n’existent plus. Il en va de même avec le riz: une seule variété colonise les deux tiers des rizières en Asie du Sud-Est, tandis que plus de 100 000 variétés ont été recensées par l’International Rice Research Institut aux Philippines. Et on pourrait multiplier ainsi les exemples presque à l’infini

Des cultures plus vulnérables

Autre conséquence de l’uniformisation: les variétés sélectionnées pour leur rendement sont très proches les unes des autres. Ainsi, les agriculteurs du monde entier ont opté pour des blés d’origine mexicaine à haut rendement, mais les vastes surfaces plantées de génotypes similaires ou identiques ont rendu ces cultures plus vulnérables aux épidémies ou aux conditions atmosphériques.

La culture à grande échelle de plantes génétiquement uniformes fait donc courir le risque de tout perdre lors d’une sécheresse ou d’une attaque de virus, a des effets sur la qualité de l’offre et marque le recul des traditions agricoles locales.

La mondialisation, c’est donc la disponibilité de plus en plus grande de denrées de plus en plus semblables. Ce phénomène qui a changé nos comportements alimentaires a été favorisé par la modification de nos rythmes de vie, par nos emplois du temps surchargés et par la perte de certains repères, tels que manger assis à une table, en famille ou entre amis.

Quelques indicateurs permettent d’espérer que le phénomène n’est pas inéluctable. Et c’est tant mieux. L’alimentation n’est pas un produit comme les autres. Elle est intimement liée à notre identité culturelle. C’est l’un des éléments fondamentaux d’un patrimoine national, régional ou local. Raison pour laquelle les plus ardents défenseurs du goût et des saveurs n’hésitent pas à comparer l’uniformisation de l’alimentation à un génocide culturel.

Résister à l’uniformisation

Contrairement aux Etats-Unis, l’Union européenne défend la multiplication des appellations d’origine, les labels de qualité ou l’indication de la provenance géographique des produits. Privilégier le terroir permet en effet une plus grande diversité génétique et valorise les variétés locales. Les produits du terroir sont chargés de valeurs du cru (telles que le sol, l’ensoleillement et la pluie), mais aussi d’un savoir-faire et de la mémoire du lieu. Ce sont des aliments chargés d’histoire. Dans plusieurs pays européens, comme la France, l’Italie, l’Espagne, mais aussi la Suisse, on peut assister à un réel essor de ces produits authentiques, preuve que ces pays ont su conserver les conditions objectives et la charge affective, culturelle et sociale du terroir.

La biodiversité est une autre réponse à la mondialisation. Elle englobe l’ensemble des espèces animales et végétales qui vivent dans un écosystème, la multiplicité des milieux naturels qu’offre un paysage et la diversité génétique à l’intérieur d’une espèce. L’être humain en est totalement tributaire puisqu’il y puise sa nourriture, les substances actives des médicaments, des matières premières pour les vêtements ou d’autres produits.

Malgré soixante ans de laminage, la biodiversité survit encore dans les campagnes où les paysans s’attachent à sauver des variétés en produisant leur propre semence. Ce geste, qui était naturel et normal il y a moins d’un siècle, est l’objet aujourd’hui d’un combat; en France, par exemple, où la loi entrave de plus en plus cette pratique. Or, la semence, c’est le premier maillon de la chaîne alimentaire. A l’autre bout, il y a notre liberté de choisir notre nourriture.

La biodiversité survit aussi en Afrique, en Asie ou en Amérique latine, où depuis la nuit des temps, les paysans qui en ont les moyens continuent à cultiver une diversité de végétaux et à élever des variétés différentes d’animaux, pour leur usage personnel mais aussi pour se prémunir contre des risques de maladies ou la sécheresse.

En Suisse, la biodiversité a chuté à partir des années 40 avec la modernisation de l’agriculture et la course aux rendements. Depuis les années 90, le changement de politique agricole et un plan national pour la diversité agricole contribuent à inverser cette tendance; toutefois, un énorme travail reste à faire. Selon le Forum Biodiversité Suisse et Pro Natura, le nombre d’espèces menacées ne cesse d’augmenter. Au cours des cinquante dernières années, 67 espèces animales et végétales ont disparu dans notre pays, soit 26 espèces de plus que durant les cinquante années précédentes. Le danger, à terme, c’est de se retrouver avec deux catégories d’espèces animales et végétales. D’une part, un petit nombre d’espèces très répandues, de l’autre quelques espèces qui survivront sur des espaces restreints.

Il existe un troisième groupe, celui des disparus.
Autre moyen pour inverser la tendance: le développement de solutions telles que
l’agriculture bio, qui respecte les équilibres écologiques et l’autonomie des agriculteurs. Elle est pratiquée dans une centaine de pays, dont l’Australie, qui peut se vanter d’avoir la plus grosse surface agricole bio. En Suisse, 10% environ des exploitations sont bio, mais 4% seulement en Suisse romande.

Toutes ces filières spécialisées sont actuellement plus chères que la production de masse. Il faut donc aussi tenir compte de l’aspect financier, puisqu’une bonne calorie coûte malheureusement plus cher qu’une mauvaise. Les plus fragiles économiquement n’ont donc pas d’autres choix que d’acheter les produits les moins chers et les moins sûrs. L’accès à une alimentation saine, variée et savoureuse est plus difficile pour les plus fragiles économiquement.

Si nous fournissons à notre corps des matières premières de qualité médiocre et que nous mangeons toujours les mêmes aliments, nous pouvons nous attendre à ce que notre santé s’en ressente et que nous souffrions de carences. C’est ce que vivent un nombre toujours croissant de personnes. A contrario, «on peut faire de notre alimentation notre première médecine», comme le préconisait déjà Hippocrate, le père de la médecine, quatre siècles avant notre ère.

En variant les apports d’éléments vitaux, en puisant dans l’incroyable diversité des aliments existants, nous augmentons notre bien-être, maintenons un poids corporel sain et nous protégeons d’un certain nombre de maladies chroniques. Parce que, quel que soient les progrès de la médecine, il est, et il sera, toujours plus simple de prévenir la maladie que de la guérir.